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Le penalty non sifflé sur la main du néerlandais Ooijer aurait-il permis à l'équipe de France d'accéder aux quarts de finale de l'Euro ? Quant à celle de Maradona en 1986, il y a fort à parier que si elle avait été signalée l'Argentine, n'aurait jamais été championne du monde. Le problème n'est donc pas récent. Et si, et si... A l'issue de combien de matches ces questions reviennent-elles en boucle ? Eh ! oui, monsieur l'arbitre, la responsabilité qui vous incombe pèse bien lourd sur vos frêles épaules. Que vous officiiez au niveau amateur ou en finale de coupe du monde tous les regards sont braqués sur vous et bien souvent, à la fin des rencontres, ce sont vos erreurs qu'on retient bien plus que celles des vingt-deux acteurs sur le terrain.
La question qu'il faut se poser, ce n'est pas comment en sommes-nous arrivés là ? Mais comment allons-nous faire pour régler ce que l'on appelle désormais le problème de l'arbitrage ? Il y a urgence. Car ces dernières années, les agressions sur arbitres se sont multipliées. On l'a vu ces derniers mois dans l'île, notamment avec le jeune Damien Montagono, 18 ans, violemment frappé par un joueur de son âge. Pour mettre un terme à ces agressions, la loi Lamour a fait des arbitres des « personnes dépositaires de l'autorité publique ». Dans les faits cela veut dire que l'homme en noir est considéré sur le terrain comme un homme de loi au même titre qu'un agent de police ou qu'un pompier et que les sanctions prises à l'encontre des agresseurs sont désormais beaucoup plus lourdes. La loi a déjà été appliquée à plusieurs reprises. Dans le cas Montagono, le jeune joueur a été condamné par le tribunal correctionnel d'Ajaccio à une peine de douze mois de prison dont huit fermes. Cela donne à réfléchir d'autant que cette affaire a eu l'écho de nombreux médias, locaux et nationaux. Alors, la répression suffit-elle ? Non, c'est en tout cas l'avis de Bernard Saules, président de l'Union des arbitres de football français (UNAF). « Dans les chiffres, nous ne notons aucune baisse au niveau des agressions depuis la mise en place de la loi Lamour ». Edifiant !
Bernard Laporte, le secrétaire d'état en charge des sports s'est quant à lui penché sur le volet préventif. Au menu, féminisation et augmentation de la représentation des minorités, professionnalisation des arbitres, initiation à l'arbitrage dès le plus jeune âge ou encore mise en place de la vidéo. Là encore, les premiers concernés tiquent. « En quoi la féminisation est-elle un problème ? s'interroge Bernard Saules. Les arbitres sont sélectionnés pour leurs qualités, peu importe leur sexe ou leur origine. Quant à la professionnalisation, cela améliorera les conditions de travail sans régler aucun problème. Pour moi, la vidéo est essentielle, mais là encore je crois que Bernard Laporte n'a pas tout saisi car ni lui ni nous les arbitres ne pouvons changer les choses, c'est à la FIFA que revient la décision et en son sein, excepté Frédéric Thiriez, tout le monde y est opposé, le président Platini en premier lieu ».
L'initiation par contre rassemble tout le monde. « Les gamins doivent toucher le sifflet dès le plus jeune âge, vers sept ou huit ans. On doit leur faire comprendre que l'arbitre est un complice de jeu. Après il est trop tard, il n'y a qu'au football qu'on voit les joueurs râler auprès des arbitres, discuter chaque décision, c'est impensable. On en est arrivé à un point où tout le monde a oublié que le premier rôle de l'arbitre est de protéger les joueurs ». A l'origine protecteur, l'arbitre est devenu l'homme à protéger. Bien sûr une accumulation d'erreurs à un certain niveau de compétition n'est pas acceptable, surtout lorsqu'on sait qu'un arbitre de L1 est rétribué (entre cent et cent vingt mille euros par an, environ la moitié en L2). Mais tout comme les clubs, chaque année des arbitres sont relégués en division inférieure, chaque match est minutieusement examiné, noté. Reste que cette mise sous surveillance ne fait qu'augmenter la pression qu'ils subissent. Car si certaines fautes leur incombent directement, force est de constater que certaines règles sont difficilement compréhensibles, Bernard Saules le dit lui-même, « la règle du hors-jeu par exemple est inarbitrable ». A cela s'ajoute la peur des réactions des joueurs et entraîneurs, résultat les hommes en noir n'osent plus appliquer à la lettre le règlement. Ainsi, combien de cartons pour simulation a-t-on vu sortir de leurs poches ? Pourquoi le football rassemble-t-il à lui seul tous les maux de l'arbitrage, pourquoi n'y a-t-il presque jamais de souci en rugby, handball ou basket-ball ? Le ballon rond sera-t-il indéfiniment l'enfant terrible des sports collectifs ? « Seul un électrochoc pourrait venir à bout de ce fléau, explique Bernard Saules, nous attendions beaucoup de l'Euro, si dans une grande compétition internationale, mondialement télévisée, l'arbitrage et les joueurs devenaient irréprochables alors peut-être cela serait de bonne augure pour la suite ». Malheureusement l'Euro 2008 n'aura pas apporté son lot de nouveautés si ce n'est qu'une fois encore l'utilisation de la vidéo aurait sans doute changé la donne. Il ne reste plus qu'à attendre 2010 et la prochaine coupe du monde et d'ici là essayer surtout d'éduquer un peu mieux la jeune génération. Mais ce match-là n'est pas gagné !
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