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Dernièrement L'Express donnait le classement des villes de France qui recrutent et - ô surprise ! - sur un total de 348, on retrouvait Porto Vecchio sur le podium, à la troisième place. Précédant Ajaccio et Corte tandis que Bastia, Sartène-Proriano, Calvi-L'Ile-Rouse et Ghisonaccia-Aleria pointent respectivement aux 11e, 24e 46e et 59e places. De quoi avoir le souffle coupé et revisiter ses classiques. Battues en brèche des métropoles comme Lyon malgré son industrie pharmaceutique (84e), Bordeaux, et ses vins prestigieux, n'a qu'à se rhabiller (62e) et Paris si fière d'elle-même, à la traîne (256e). Le centre du monde qu'on se le dise, ce n'est pas Perpignan (27e) comme Salvador Dali le pensait, mais bien la cité du sel et des délices du sud de la Corse.
Du coup se trouvent validées l'ineffable bonne humeur des deux préfectures et la volée de statistiques roboratives des organismes officiels. En veut-on une nouvelle et toute récente preuve ? En mesurant l'emploi salarié sur les douze mois de 2006, on vérifie qu'avec une évolution de 2, 4 %, c'est la Corse qui, de toutes les régions (Ile-de-France comprise), en a le plus profité.
La dernière livraison de l'INSEE brode à l'infini sur ce thème. Le tourisme : on apprendra qu'il explose ; et pas qu'en 2007, mais d'année en année. Un chiffre claque comme un drapeau : sept millions de passagers accueillis dans les ports et aéroports. Du jamais vu. Et ça, c'est de la dépense, du comptant, du lourd. Las ! Si on se réfère à un document concomitant de l'Agence pour le tourisme (ATC), peu suspecte de critiques gratuites dans un secteur dont elle a la responsabilité, le nombre de nuitées, seul véritable baromètre, n'a varié que de 1 % depuis 2001. Pour la simple raison que la durée des séjours s'est réduite ce que ne compense pas l'augmentation de leur nombre. Alors que, par ailleurs, l'offre, du fait de l'étroitesse du marché, n'a cessé de se démultiplier avec la probabilité de provoquer à terme plus d'endettement que de profits.
Et la question se repose : à la lecture du classement de L'Express doit-on conclure que ceux qui récriminent sans arrêt contre une Corse immobile (dont nous sommes) n'alignent que des fadaises ? Nous pensons à l'opposé que ce sont ces statistiques jetées à l'encan, sans aucun recul et complément d'analyse, qui sont des foutaises. Un exemple : les performances de la Corse sont si insignifiantes que le moindre mouvement est flanqué d'un coefficient exorbitant. En l'occurrence, on notera que l'île dans son ensemble représente un réservoir de 104 493 emplois. La seule ville de Béziers, minuscule sous préfecture de l'Hérault, fait presque aussi bien, Rennes près de trois fois mieux et Toulouse affiche quelque 500 000 emplois. Comparaison n'est donc pas raison.
Les indicateurs économiques de la Corse sont donc peut-être au vert, mais l'île tout entière est dans le rouge quand on s'en tient aux fondamentaux : la pyramide des âges, la démographie, l'initiative privée, le produit intérieur, la balance commerciale, la diversification des activités. L'île marge, mais elle ne sait que marger, elle ne produit rien ou presque. Et ses propres habitants ne lui font pas confiance d'autant que le climat est alourdi par trente ans de violence politique, d'insécurité de droit commun et de confusion des deux genres. On a pu le vérifier encore lors de la mise en place du Fond d'investissement de proximité (FIP) - idée géniale portée par Camille de Rocca Serra qui permet un placement sans égal et aurait dû mobiliser les détenteurs de capitaux de l'île dont on situe l'épargne à quelque 10 milliards d'euros, lesquels auraient d'ailleurs rendu un fier service à l'économie locale. Eh bien ! Rien de rien : 95 % des 15 millions d'euros nécessaires pour arriver en renfort des entreprises et assurer un démarrage économique de la Corse ont été collectés sur le... continent.
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