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Avant l'élection américaine, 75 % des Européens manifestaient leur préférence pour Obama. À une moindre majorité, les Américains ont voté comme le souhaitaient les Européens. Cette élection va-t-elle réconcilier l'Europe et les États-Unis ? Question légitime. Depuis la guerre d'Irak, dans l'opinion européenne à l'égard des États-Unis comme dans celle des États-Unis à l'égard de l'Europe, la sympathie réciproque est au plus bas. Une enquête permet de réfléchir à cette interrogation. Elle est menée, des deux côtés de l'Atlantique, chaque année, par le German Marshall Fund, fondation dotée par l'Allemagne en reconnaissance de l'aide apportée par l'Amérique. On peut ainsi mesurer l'état de l'opinion, en Europe et aux États-Unis, à l'égard des grands problèmes de politique étrangère. Certes les circonstances et les dirigeants sont décisifs en ces matières. Néanmoins l'opinion compte aussi en démocratie.
Première constatation, Européens et Américains aspirent à jouer un rôle dirigeant dans le monde. Pour 80 % des Américains, ce rôle leur revient, mais, 58 % des Européens pensent que laisser ce rôle à l'Amérique n'est pas désirable. En revanche, 68 % des Américains trouvent normal que l'Europe joue un rôle important dans le monde, ce que les Européens souhaitent évidemment, les Anglais y étant les moins favorables. Ce qui prouve que, dans les profondeurs, la Grande-Bretagne se conçoit plus anglo-saxonne qu'européenne, et que, un siècle après avoir perdu son sceptre de puissance mondiale, l'Europe continentale éprouve encore le sentiment de son importance historique.
Il est intéressant de savoir si dans leurs sympathies à l'égard du monde extérieur, Européens et Américains diffèrent. En fait, ils pensent la même chose de la Russie, de la Chine, de l'Inde et de l'Iran. Sans doute les Européens sont-ils moins méfiants que les Américains. C'est qu'ils sont plus spectateurs qu'acteurs. La seule question sur laquelle ils divergent est Israël. Entre les Palestiniens et les Juifs, le coeur des Européens balance. Pour les Américains ce n'est pas le cas : 62 % des Américains éprouvent des sentiments favorables à Israël, seulement 43 % des Européens et ceux-ci sont aussi nombreux en faveur des Palestiniens. Les choses sont claires, le remord, qui devrait retenir l'Europe, agit moins et le seul véritable allié d'Israël reste Washington.
Partage-t-on les mêmes valeurs des deux côtés de l'Atlantique ? Tout le monde le pense, mais plus les Américains que les Européens, comme si le dépit que provoque en Europe le déclassement faisait croire que l'Amérique, que Malraux appelait « la fille de l'Europe », lui devenait progressivement étrangère. Nous verrons si l'élection d'Obama, qui n'est que pour moitié un fils lointain de l'Europe, contribue à arrêter ce glissement.
La question centrale concerne l'avenir. Souhaite-t-on une alliance plus étroite en matière de sécurité et de défense ? Pour 54 % des Européens, l'Europe doit agir en partenariat avec l'Amérique et pour 43 % indépendamment. La France, sur ce point, se singularise, par rapport à ses voisins, puisque, chez nous, 58 % souhaitent que l'Europe agisse seule et 39 % comme partenaire des États-Unis. Notons que 77 % des Européens sont opposés à l'envoi de davantage de troupes à l'extérieur et que 65 % désapprouvent les opérations militaires en Afghanistan. Les Européens veulent jouer un plus grand rôle dans le monde, mais, à l'inverse des Américains, et à l'exception des Anglais, ils répugnent à l'action guerrière. Cela vient du fait que les Américains comme les Anglais, à la différence des Allemands, des Espagnols, des Français et des Italiens, n'ont pas, dans l'histoire des trois siècles passés, subit de revers militaires majeurs. Les défaites rendent pacifistes ou, comme on dit, postmodernes. En ce sens l'action de Nicolas Sarkozy en faveur de l'Otan et de la présence de troupes françaises en Afghanistan n'est pas inspirée par un désir de popularité, elle va en sens contraire de l'opinion.
La conclusion est que l'Europe aspire à devenir une puissance égale aux États-Unis, à la fois alliée et indépendante d'eux, mais une puissance paisible. Comme, pour l'instant, elle n'a pas d‘unité politique et que ses moyens militaires ne cessent de décroître, cette aspiration n'est pas contrariante. L'Amérique d'Obama se satisfera-t-elle de cette Europe ? Tout dépendra du fardeau qu'elle entendra porter et partager. Si elle cherche un allié militaire, elle sera déçue. En matière économique le partenaire européen aura-t-il plus de vigueur ? Oui, s'il tire de justes leçons de la crise. Grandira-t-il politiquement ? Oui, s'il approfondit son unité politique sans s'élargir.
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